Selon un rapport publié le 13 août 2026 par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les arrivées de migrants en Europe ont reculé sur les principales routes migratoires. Cependant, ceux qui entreprennent le voyage empruntent désormais des itinéraires plus longs et plus périlleux.
Entre janvier et avril 2026, le nombre de morts ou de disparus en mer Méditerranée centrale a plus que doublé par rapport à la même période en 2025, atteignant 821 personnes. Dans le même temps, les arrivées par cette route ont chuté de 46 %, passant à 8 577 personnes.
En Méditerranée orientale, 244 décès ont été enregistrés, soit une hausse de 259 %, tandis que les arrivées ont diminué de 30 %. Plusieurs naufrages ont eu lieu près de la Crète, sur une route désormais empruntée par des bateaux partis des côtes libyennes. L'OIM souligne que ces bilans restent probablement inférieurs à la réalité.
« Moins d'arrivées ne signifie pas des trajets plus sûrs », a déclaré Ugochi Daniels, directrice générale adjointe de l'OIM. « Derrière chacun de ces chiffres se trouve une famille qui attend des nouvelles qui n'arriveront jamais. »
Les conditions météorologiques expliquent en partie cette surmortalité. En janvier 2026, le cyclone Harry a frappé la Méditerranée centrale, causant la mort ou la disparition de 430 personnes en un seul mois.
Cependant, le rapport met aussi en évidence un phénomène structurel : lorsque les frontières se ferment ou que les contrôles s'intensifient, les migrations ne disparaissent pas. Elles se déplacent vers d'autres trajectoires.
Par exemple, les départs vers les Canaries depuis l'Afrique de l'Ouest ont diminué de 78 %, mais les lieux de départ se sont déplacés vers le sud, notamment vers la Gambie et la Guinée-Bissau, rallongeant une traversée déjà dangereuse. L'OIM attribue cette évolution au renforcement des contrôles aux frontières au Sénégal et en Mauritanie.
Un autre exemple de cette recomposition des routes migratoires est la baisse drastique des passages à travers le Darién, entre la Colombie et le Panama, où seulement 135 traversées ont été enregistrées entre janvier et avril 2026.
À l'inverse, la Méditerranée occidentale connaît une forte progression, avec 5 647 arrivées en Espagne par cette route, soit 66 % de plus qu'un an auparavant. Cette hausse est principalement terrestre, avec 2 164 personnes ayant gagné Ceuta et Melilla, soit quatre fois plus qu'en 2025.
L'OIM suggère que cela pourrait être lié à des tentatives pour contourner les patrouilles maritimes le long des côtes marocaines.
La crise récente à Ceuta, enclave espagnole en Afrique du Nord, illustre cette tendance. À la fin juillet 2026, des dizaines de milliers de personnes, majoritairement de jeunes Marocains, ont tenté de rejoindre Ceuta par la mer ou en franchissant la frontière terrestre. Des dizaines sont mortes, noyées ou écrasées près des installations frontalières.
Les structures d'accueil ont rapidement été débordées, et les autorités espagnoles ont évoqué une mobilisation largement spontanée, alimentée par la détresse économique et des informations trompeuses circulant sur les réseaux sociaux. Depuis, le Maroc a renforcé son dispositif autour de Ceuta et Melilla face à de nouveaux appels en ligne incitant à des passages collectifs.
L'OIM conclut que la géographie migratoire actuelle n'est pas celle d'une migration en recul, mais d'une migration qui se recompose. Les contrôles, les conflits, les difficultés économiques et les événements climatiques modifient simultanément les points de départ, les trajectoires et les risques encourus.
Derrière la baisse des arrivées se cache un constat moins rassurant : fermer une route peut pousser ceux qui continuent de partir à en chercher une autre, souvent plus dangereuse.



