Un projet de décret électoral en Haïti suscite des débats intenses. Le texte, soumis le 24 avril par le Conseil Électoral Provisoire (CEP) au gouvernement, impose aux partis politiques de prouver qu'ils comptent au moins 30 000 affiliés ou sympathisants pour pouvoir présenter des candidats.
Cette règle vise à réduire le nombre de partis inactifs ou peu structurés, selon ses partisans. Cependant, ses détracteurs estiment qu'elle pourrait exclure des mouvements émergents ou régionaux, limitant ainsi la pluralité politique dans un pays déjà fragilisé par l'insécurité et des retards électoraux.
Le décret s'inscrit dans le cadre du « Pacte National de Sécurité et d'Organisation Électorale », signé en février avec plus de 100 partis politiques. Il n'a pas encore été officiellement adopté ou publié. Selon le CEP, plus de 320 partis ont demandé à participer aux élections, dont 280 auraient été retenus.
Le projet de décret, notamment son article 139, impose aux partis de fournir une liste de 30 000 membres ou sympathisants éligibles pour s'inscrire. Des experts comme le politologue Josué Sénat défendent cette mesure, arguant que l'État ne peut soutenir des centaines de partis sans base réelle.
« Il serait difficile de justifier l'existence de plus de 320 partis, dont certains peinent à mobiliser une centaine de personnes, alors que les ressources publiques sont limitées », a-t-il déclaré sur X. De son côté, l'économiste Peterson Benjamin Noel souligne que les partis sérieux devraient pouvoir mobiliser 30 000 supporters à l'échelle nationale.
Certains groupes politiques, comme En Avant (dirigé par l'ancien sénateur Jerry Tardieu) ou le Mouvement National pour la Transparence (MNT), soutiennent cette exigence. Ils estiment que de nombreux partis enregistrés n'existent que sur le papier.
Cependant, des critiques, dont l'expert en droit pénal Windy Phèle, dénoncent une mesure antidémocratique qui risquerait d'écarter les jeunes et les petits partis. Ralph Emmanuel François, spécialiste en gestion des risques, souligne que la règle ne tient pas compte des réalités géographiques et démographiques d'Haïti.
Il note qu'un parti limité au département du Sud-Est, par exemple, devrait mobiliser 16 % des électeurs de cette région pour participer, sans même se présenter à l'élection présidentielle. L'incertitude plane également sur le calendrier électoral. Initialement prévu pour avril, le processus a été reporté après des révisions demandées par le gouvernement.
La première ronde, initialement fixée au 30 août, reste incertaine en l'absence d'un calendrier révisé et d'un budget approuvé. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a indiqué dans une interview du 9 mai que les élections pourraient se tenir d'ici la fin de l'année, avec une installation des élus en février 2027.


