Le documentaire « Diaspora Power », réalisé par Joseph Hillel, originaire de Port-au-Prince et installé au Québec depuis les années 1960, sera présenté en première américaine à New York le 16 mai 2026 dans le cadre du Festival du film africain de New York.
Ce film de 53 minutes, diffusé sur Radio-Canada en janvier dernier, retrace l'histoire de l'immigration haïtienne vers le Québec à travers les récits de membres de sa famille et de sa communauté.
Hillel, qui a passé près de deux décennies à réaliser des documentaires, aborde pour la première fois un sujet centré sur son histoire personnelle, un processus qu'il décrit comme exigeant et intime. « Je suis une personne plutôt réservée », a-t-il confié au Haitian Times, révélant avoir songé à abandonner le projet à plusieurs reprises.
Le film s'inscrit dans un contexte historique précis : au début des années 1960, le Québec traversait sa Révolution tranquille, modernisant ses systèmes éducatifs et de santé, tout en accueillant des événements majeurs comme l'Expo 67 et les Jeux olympiques de 1976.
Pendant ce temps, la dictature des Duvalier en Haïti poussait des professionnels haïtiens qualifiés à quitter le pays pour des destinations comme Montréal, New York, Miami et Paris. Parmi eux figurait le père de Hillel, psychiatre, qui a intégré le système de santé québécois en pleine transition vers des hôpitaux psychiatriques modernes.
Sa mère, quant à elle, travaillait comme assistante sociale. Selon Hillel, près de 1 000 enseignants haïtiens travaillaient déjà dans les écoles québécoises en 1969. Le film met également en lumière l'oncle de Hillel, Edouard, devenu le premier policier noir de Montréal après avoir exercé divers métiers.
Hillel a initialement envisagé de centrer le documentaire sur son oncle, attiré par le parallèle entre un agent sous couverture et une personne s'intégrant dans une société majoritairement blanche. À l'époque, l'immigration au Québec provenait principalement d'Europe, ce qui a valu à Hillel et sa famille d'être perçus comme des outsiders dans leur village d'adoption.
« Ma grand-mère et mon arrière-grand-mère étaient noires », a-t-il expliqué. « Nous étions très visibles. » Le documentaire inclut également Dominique Anglade, première femme noire à diriger un parti politique provincial majeur au Québec et cousine de Hillel.
Ce dernier a exprimé sa surprise face à l'ignorance de ses amis non haïtiens du Québec concernant cette histoire migratoire. « J'étais stupéfait par leur méconnaissance », a-t-il déclaré. « Je pensais que c'était une histoire bien connue.
» La structure du film a évolué pendant le montage, notamment en réaction à une déclaration controversée du ministre de l'Immigration du Québec, qui avait affirmé que la province ne pouvait « accepter toute la misère du monde » alors que de nombreux Haïtiens aux États-Unis craignaient des mesures d'expulsion et se tournaient vers le Canada.
Hillel a indiqué que cette remarque l'a incité à mettre davantage l'accent sur les témoignages des sujets du film. « Ce n'est pas une question de vanité ou d'autocongratulation », a-t-il précisé. « Il s'agit plutôt de respecter les personnes qui sont ici depuis longtemps.
» Les réactions du public haïtien ont été marquées par une forte émotion, notamment lors d'une projection récente à Montréal où le théâtre était comble et plusieurs participants du film étaient présents. Hillel a souligné que ce type de réception était rare.
Il a également noté que le cinéma haïtien gagne en visibilité internationale, citant notamment la réalisatrice Gessica Généus, dont le film « Freda » a été présenté au Festival de Cannes et dont le prochain projet, tourné par le directeur de la photographie de Hillel, sera également projeté à Cannes cette année.
La projection de « Diaspora Power » aura lieu le samedi 16 mai à 16h30 au Maysles Documentary Center à Harlem. Les billets sont disponibles entre 7 et 15 dollars américains. Source : Haitian Times, écrit par Simon Feisthauer Fournet.


