Le 2 avril 2026, le gouvernement haïtien a annoncé une hausse de 37 % du prix du diesel et de 29 % celui de l'essence, une décision qui aggrave une crise humanitaire déjà critique. Selon Erwan Rumen, directeur adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM) en Haïti, cette augmentation menace directement la survie de millions de personnes.
Près de la moitié des 12 millions d'habitants du pays souffrent déjà d'insécurité alimentaire aiguë, et 200 000 personnes ont basculé dans une phase d'urgence ces derniers mois. Les conséquences sont immédiates : les coûts de transport et de nourriture explosent, forçant les familles à réduire leurs repas quotidiens.
Alexandre Joseph, un ouvrier d'usine de 35 ans à Port-au-Prince, explique qu'il doit désormais marcher deux heures pour se rendre à son travail et autant pour rentrer, faute de pouvoir payer les transports en commun. "Avec mon salaire, je ne peux plus nourrir mes deux enfants", déclare-t-il.
Les prix des denrées de base, comme les légumes ou le charbon, augmentent également, rendant l'accès à la nourriture encore plus difficile pour les plus vulnérables. Selon la Banque mondiale, près de 40 % des Haïtiens vivent avec moins de 2,15 dollars par jour, tandis que l'inflation a atteint 32 % à la fin de l'année fiscale 2025.
Les gangs, qui contrôlent une grande partie des routes, perturbent davantage les chaînes d'approvisionnement. Emmline Toussaint, coordinatrice du programme d'alimentation scolaire Mary's Meals en Haïti, indique que les organisations humanitaires doivent désormais utiliser des bateaux et emprunter des routes détournées pour éviter les zones contrôlées par les groupes armés.
"La crise humanitaire est à son paroxysme", souligne-t-elle. Les manifestations contre la hausse des prix des carburants, qui ont débuté le 6 avril 2026, ont dégénéré à Port-au-Prince, avec des barricades et des échanges de tirs. Les Haïtiens craignent une aggravation de la violence et de la pauvreté.
Le PAM a indiqué ne pas pouvoir atteindre 60 000 personnes dans le centre du pays, une zone récemment frappée par des attaques de gangs ayant fait plus de 70 morts. Allen Joseph, responsable de programmes pour Mercy Corps en Haïti, met en garde : "Les familles déjà en difficulté devront faire des choix impossibles entre se nourrir, se soigner ou accéder à l'eau potable."



