Les ouvriers du textile en Haïti refusent de mettre fin à leur grève, entamée en avril, après l’annonce d’une augmentation du salaire minimum de 685 à 1 000 gourdes par jour (soit environ 7,70 $).
Cette hausse, proposée par le ministre de l’Économie et des Finances Gabriel Colin, est jugée insuffisante par les travailleurs, qui exigent désormais 3 000 gourdes (environ 23 $) par jour.
Selon les syndicats, cette somme ne couvre plus les besoins de base, notamment face à l’inflation persistante et à la hausse des prix des denrées essentielles comme l’essence, vendue à 850 gourdes le gallon.
« Une journée de travail ne suffit plus à nourrir ma famille », déclare Josenie Pierre, ouvrière dans une usine du groupe M2 à CODEVI, une zone franche industrielle située à la frontière avec la République dominicaine.
Les travailleurs produisent principalement des vêtements pour l’exportation vers les États-Unis, un secteur qui emploie directement ou indirectement des dizaines de milliers de personnes en Haïti. Les programmes commerciaux américains HOPE et HELP, qui permettent aux produits textiles haïtiens d’entrer aux États-Unis sans droits de douane, ont été prolongés jusqu’à fin 2026.
Cependant, les industriels craignent qu’une augmentation trop brutale des salaires ne fragilise davantage un secteur déjà en difficulté, confronté à l’insécurité, aux coûts logistiques élevés et à la concurrence régionale.
Les propriétaires d’usines, comme Lesly Périsse, responsable des ressources humaines à CODEVI, soulignent que la décision finale revient au gouvernement haïtien. « C’est l’État qui fixe le salaire minimum », rappelle-t-il. La grève paralyse non seulement les usines, mais aussi l’économie locale.
Les petits commerçants, les chauffeurs de moto-taxi et les vendeurs ambulants subissent des pertes quotidiennes, faute d’activité. « Chaque jour sans travail est une perte pour nous », confie Lucknel Joazard, chauffeur de moto-taxi près de l’industrie CODEVI.
Les tensions reflètent une crise plus large dans l’économie haïtienne, où les salaires n’ont pas suivi l’inflation depuis des années. Les experts estiment que l’augmentation proposée reste insuffisante, mais que toute hausse significative pourrait entraîner des suppressions d’emplois dans un secteur déjà fragile.
Les négociations se poursuivent, mais les ouvriers maintiennent leur mobilisation, déterminés à faire entendre leurs revendications.

