Les Péruviens se rendent aux urnes ce dimanche 12 avril 2026 pour élire leur président dans un scrutin marqué par une crise politique et institutionnelle profonde. Selon les derniers sondages, aucun des 35 candidats en lice ne dépasse les 15 % d'intentions de vote, ce qui promet une dispersion des voix au premier tour.
Le vote est obligatoire pour les citoyens, mais le processus est complexe : les électeurs doivent remplir un bulletin de vote divisé en quatre colonnes distinctes — président, sénateurs, députés et Parlement andin — considéré comme le plus long de l'histoire du pays.
Cette situation a été critiquée par Eduardo Dargent, professeur de sciences politiques à l'Université pontificale catholique du Pérou, qui souligne que 90 % des candidats n'ont aucune chance de l'emporter.
Certains se présentent uniquement pour enrichir leur curriculum vitae ou pour des motifs moins avouables, comme des stratégies mafieuses ou la recherche de visibilité médiatique. Depuis 2016, le Pérou a connu huit chefs d'État, dont quatre ont été destitués, illustrant une instabilité politique chronique.
La campagne électorale a été marquée par des propositions radicales, notamment sur le thème de l'insécurité, qui domine les débats. Les homicides ont doublé entre 2018 et 2025, passant de 1 000 à plus de 2 213 cas, tandis que les plaintes pour extorsion ont augmenté de 43 % en cinq ans. Face à cette réalité, plusieurs candidats ont adopté des discours sécuritaires extrêmes.
Par exemple, l'humoriste de droite Carlos Alvarez propose d'instaurer la peine de mort pour les tueurs à gages, tandis que Rafael Lopez Aliaga, ultraconservateur, suggère d'envoyer les délinquants dans des prisons isolées en Amazonie.
Keiko Fujimori, favorite des sondages avec 15 % des intentions de vote, mise sur un système de vidéosurveillance nationale et la réintroduction des « juges sans visage », une mesure controversée utilisée sous le régime de son père, Alberto Fujimori.
Cette proposition, ainsi que la menace de retirer le Pérou de la Cour interaméricaine des droits humains, suscite des inquiétudes quant au respect des libertés fondamentales. Les jeunes, qui représentent un quart de l'électorat, semblent désengagés de ce processus électoral.
Selon l'institut Ipsos, 16 % des électeurs n'ont pas encore arrêté leur choix, et 11 % envisagent de voter blanc ou nul. Lissell Quiroz, historienne et professeure d'études latino-américaines, note que les Péruviens sont désabusés et se demandent à quoi servira leur vote, alors que l'instabilité politique persiste depuis des années.
Le second tour est prévu le 7 juin 2026, mais son issue reste incertaine, comme le souligne l'économiste Augusto Alvarez Rodrich : « Dans la politique péruvienne, les pronostics sont toujours déjoués, et le plus incroyable finit toujours par se produire. »



