Les résidents et commerçants du département du Nord-Ouest d’Haïti se tournent massivement vers le transport maritime pour contourner les routes contrôlées par des gangs armés. Depuis plus de deux ans, les axes routiers reliant cette région à Port-au-Prince et aux autres grandes villes du pays sont régulièrement bloqués ou soumis à des extorsions.
Léila Docile, une commerçante de 28 ans, explique que les déplacements par bateau vers des villes comme Cap-Haïtien ou Miragoâne sont devenus une nécessité pour maintenir ses activités commerciales. Cependant, cette solution reste coûteuse et risquée, malgré l’absence de péages de gangs sur les voies maritimes.
Les frais de douane exorbitants et le manque de régulation étatique aggravent la situation, selon les opérateurs maritimes. Les autorités locales, comme le Service Maritime et de Navigation (SEMANAH), affirment appliquer les réglementations en vigueur, mais les propriétaires de bateaux dénoncent des abus et des coûts injustifiés.
Wisner Désir, capitaine de bateau, souligne que les frais de licence et de douane alourdissent les tarifs de transport, rendant les marchandises moins accessibles pour les populations déjà en difficulté économique.
Le Nord-Ouest, qui possède près de 80 % de côtes, pourrait mieux servir ses habitants si les autorités intervenaient pour réguler le secteur et soutenir les opérateurs locaux. Les familles de la région, où l’inflation dépasse parfois 60 %, dépendent souvent de transferts d’argent de la diaspora pour survivre.
Sans le transport maritime, certaines communautés pourraient faire face à des pénuries de denrées essentielles comme le riz, les haricots ou le ciment. Les commerçants, surnommés madan sara, utilisent des voiliers et petites embarcations pour acheminer des produits agricoles et des matériaux de construction vers les marchés locaux.
Pourtant, la hausse des coûts de transport contribue à une augmentation des prix dans les commerces, aggravant la précarité des ménages. Les autorités locales reconnaissent la fragilité du secteur mais insistent sur le respect des procédures légales pour garantir la sécurité des passagers et des marchandises.
Malgré les défis, le transport maritime reste un maillon vital pour relier le Nord-Ouest aux autres régions d’Haïti, dans un contexte où la sécurité routière se dégrade chaque jour davantage.



