Les gangs armés en Haïti ne se limitent plus aux attaques terrestres. Selon plusieurs capitaines et propriétaires de bateaux interrogés par AyiboPost, des groupes criminels imposent désormais des péages informels sur les routes maritimes reliant Port-au-Prince, l’île de La Gonâve et Arcahaie.
Ces prélèvements, souvent effectués par des membres de gangs arrivant à bord de petites embarcations, peuvent atteindre jusqu’à 75 000 gourdes par trajet. Certains matelots paient même plusieurs groupes armés au cours d’un même parcours, chacun contrôlant une portion spécifique de la route.
Le pasteur Yves Louve, propriétaire du bateau « Rete sou jenou tann letènèl », confirme cette pratique : « Nous payons en fonction de la taille du bateau. » Il précise que ces exigences remontent à plusieurs décennies, son implication dans le secteur datant de 1986.
Les routes maritimes sont devenues essentielles pour les marchands haïtiens, car les gangs contrôlent désormais les principales voies terrestres entre Port-au-Prince et les autres villes du pays. Ces péages en mer s’ajoutent aux taxes illégales déjà prélevées sur les routes nationales, selon un rapport de l’ONU publié fin 2024.
Les gangs y collecteraient entre 60 et 75 millions de dollars américains annuellement sur les conteneurs en provenance de République dominicaine. Aucune donnée officielle n’est encore disponible sur les revenus générés par ces péages maritimes.
Les autorités maritimes haïtiennes, contactées par AyiboPost, reconnaissent être informées de la situation mais évitent tout commentaire, qualifiant le sujet de « sensible ».
La Garde côtière haïtienne affirme avoir renforcé ses patrouilles en mer, notamment après une opération en décembre 2025 ayant permis de neutraliser plusieurs assaillants et de sécuriser temporairement une zone marine.
Cependant, le président de la direction des Garde-Côtes, Jean Pedro mars, admet les limites de ses moyens : « Nous n’avons pas les ressources pour une présence permanente en mer. Les gangs en profitent parfois pour rançonner les bateaux. » Il sollicite des moyens supplémentaires pour contrer ces actions.
Estiverne Feldet, porte-parole du Syndicat des Marins et Amateurs de la Gonâve (SYMAG), dénonce le laxisme des autorités : « Les autorités maritimes nous accompagnent rarement. Parfois, elles nous demandent même des frais de carburant.
» Un marin de 52 ans, victime de huit détournements malgré le paiement des rançons, révèle une situation paradoxale : « On paie parfois plus aux agents de la garde côtière pour assurer la sécurité de nos navires, soit 100 000 gourdes, que ce que réclament les gangs.
» Les attaques récentes, comme celle de décembre 2025 ciblant treize bateaux à voile dans la baie de Port-au-Prince, ont poussé certains propriétaires à suspendre leurs traversées. Les gangs, selon le rapport de l’ONU, diversifient leurs sources de revenus illégaux, exploitant l’insécurité généralisée pour étendre leur emprise économique.

