Un juge fédéral en Floride a validé un accord permettant l'expulsion de Dimitri Vorbe, homme d'affaires haïtien, vers la République dominicaine. Cette décision met fin à plusieurs mois de détention immigration aux États-Unis.
L'ordonnance, signée le 12 mai 2026 par le juge Darrin Gayles, impose au Département de la Sécurité intérieure (DHS) d'organiser son transfert dans un délai de sept jours après l'ordre définitif d'expulsion. L'accord précise explicitement que Vorbe ne sera pas renvoyé en Haïti.
Vorbe était détenu au centre de traitement de Krome North à Miami depuis son arrestation par les agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) le 23 septembre 2025.
À l'époque, les autorités fédérales n'avaient pas rendu publics les chefs d'accusation précis contre lui, mais des responsables ont lié son arrestation à des enquêtes plus larges impliquant des allégations de soutien à des gangs et d'instabilité politique en Haïti.
Le DHS a déclaré dans un communiqué de septembre 2025 que « la présence ou les activités de Vorbe aux États-Unis pourraient avoir des conséquences négatives graves sur la politique étrangère américaine, justifiant sa déportation ». Les autorités ont affirmé qu'il avait mené une campagne de violence et soutenu des gangs contribuant à la déstabilisation d'Haïti.
Son arrestation est intervenue deux mois après celle de Pierre Réginald Boulos, autre homme d'affaires et ancien candidat à la présidence, également accusé de soutenir des groupes armés en Haïti. Boulos a depuis été expulsé vers la Colombie. Dimitri Vorbe fait partie d'une des familles les plus influentes du secteur privé haïtien.
Sa famille contrôle la Société Générale d'Énergie S.A. (SOGENER), une entreprise privée d'électricité ayant longtemps obtenu des contrats lucratifs avec Électricité d'Haïti (EDH), la compagnie nationale.
Les Vorbe ont également sécurisé des projets d'infrastructure majeurs sous plusieurs administrations haïtiennes, notamment des contrats routiers multimillionnaires sous les présidences de Jean-Bertrand Aristide et René Préval.
En 2020, l'administration du président Jovenel Moïse a tenté de saisir SOGENER, accusant la famille de corruption et de non-respect des contrats étatiques, ce qui a intensifié un conflit de longue date entre le gouvernement et l'élite économique haïtienne.
Les documents judiciaires montrent que Vorbe avait contesté sa détention plus tôt cette année, affirmant que son statut de protection temporaire avait été illégalement révoqué et qu'il était détenu de manière inappropriée. En février 2026, le juge Gayles avait temporairement bloqué son expulsion des États-Unis pendant l'examen de l'affaire.
L'accord du 12 mai clôt définitivement l'affaire après une demande conjointe des deux parties en attendant son transfert vers la République dominicaine. Cette décision s'inscrit dans un contexte où Washington exerce une pression accrue sur les figures politiques et économiques haïtiennes accusées d'alimenter l'instabilité du pays.
En décembre 2025, le Congrès américain a adopté la loi Haiti Criminal Collusion Transparency Act (HCCTA) dans le cadre de la loi de défense nationale 2026. Cette mesure oblige le gouvernement américain à enquêter et sanctionner les élites haïtiennes politiques et économiques suspectées de liens avec des gangs armés.
La loi autorise des restrictions de visa, des gels d'avoirs et des sanctions financières ciblant les individus identifiés comme soutenant ou collaborant avec des groupes armés opérant en Haïti.
Bien que les sanctions internationales et les arrestations se soient multipliées ces dernières années, le système judiciaire haïtien n'a engagé que peu de poursuites contre son élite politique ou économique. L'organisation Faith in Action International a déclaré en 2025 que « cette loi reconnaît les véritables sources de l'instabilité en Haïti.
Elle devrait servir de point de départ pour repenser la politique américaine dans la région afin de soutenir la société civile et une gouvernance démocratique réelle en Haïti ».


