Le gouvernement haïtien dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a rejeté le budget de 250 millions de dollars proposé par le Conseil électoral provisoire (CEP) pour organiser les élections prévues le 30 août 2026.
Cette décision, annoncée le 21 avril 2026, s'appuie sur des critiques selon lesquelles ce montant est quatre fois supérieur à celui des dernières élections en 2016, estimé à 50 millions de dollars. Le Premier ministre a qualifié cette proposition d'"inacceptable et absurde", soulignant que les élections aux États-Unis ne coûtent pas autant.
Une commission mixte, incluant des représentants du gouvernement et des donateurs internationaux, sera formée pour élaborer un nouveau budget. Le CEP défend cette estimation, invoquant l'inflation, les coûts logistiques et les besoins sécuritaires accrus. En 2026, l'inflation en Haïti dépasse 22 %, contre 15 % en 2016, ce qui alourdit significativement les dépenses électorales.
Les tensions entre le gouvernement et le CEP s'ajoutent aux défis sécuritaires et politiques qui entravent la tenue des élections. Depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti n'a pas de leadership élu. Les groupes armés contrôlent une grande partie de la capitale, Port-au-Prince, et plus de 1,4 million de personnes sont déplacées internes.
La restauration de la sécurité est présentée comme une condition indispensable pour toute transition démocratique. Le gouvernement compte sur le déploiement d'une force multinationale soutenue par l'ONU, la Gang Suppression Force (GSF), pour stabiliser le pays. Cependant, seulement 400 membres de cette force, principalement tchadiens, sont actuellement déployés.
Les responsables internationaux avertissent que sans amélioration tangible de la sécurité, l'organisation d'élections crédibles restera difficile. Le CEP a récemment suspendu les activités d'inscription des électeurs et des candidats après un test de simulation échoué, invoquant la nécessité d'aligner le cadre électoral sur les dispositions du Pacte national.
Cette décision a été critiquée par certains acteurs politiques, qui y voient une tentative d'influencer le processus électoral. Le coordinateur du mouvement Ayisyen pou Ayiti (PAPA), Jonas Coffy, a appelé à l'indépendance du CEP et à l'adoption d'un calendrier électoral clair et contraignant.
Les observateurs soulignent que le désaccord sur le budget reflète un défi plus large : concilier volonté politique, ressources financières et conditions sécuritaires dans un contexte de crise prolongée.

