Le Ghana a enregistré 14 arrestations liées à des accusations de fausses informations ou de discours offensants en ligne depuis janvier 2025, selon la Media Foundation for West Africa (MFWA). Ce chiffre dépasse de près du double celui enregistré sur l'ensemble du mandat précédent, qui s'étendait sur huit ans.
Les autorités justifient ces actions par la nécessité de réguler un environnement numérique en expansion rapide, où le contenu anonyme et non régulé se multiplie. Cependant, l'opposition et des observateurs y voient une dérive autoritaire, remettant en cause les acquis démocratiques du pays.
Le débat s'articule autour de l'application des articles 208 du Code pénal et 76 de la loi sur les communications électroniques, en vigueur depuis des décennies. Le gouvernement affirme que ces arrestations reflètent simplement l'application de lois existantes dans un nouveau contexte numérique.
Pourtant, des critiques soulignent des cas de mauvaise application de ces textes, avec au moins 16 allégations de détournement de l'article 208 en 18 mois, contre une douzaine sur les huit années précédentes. Une source juridique a qualifié ces pratiques de « réparables uniquement par l'abrogation des lois ».
L'opposition, menée par le député Alexander Afenyo-Markin, dénonce une « persécution étatique » et une intimidation systématique des citoyens. Il affirme que l'arrestation de citoyens pour des propos ne constituant pas de réelles menaces n'est pas une question de justice, mais d'intimidation.
Des cas comme celui du TikToker Prince Ofori, arrêté en août 2025 pour des menaces présumées envers le président John Mahama, illustrent selon eux la politisation des procédures judiciaires.
Les défenseurs des droits numériques insistent sur la nécessité de clarifier les limites entre liberté d'expression et discours nuisible. Le journaliste Ben Ephson a appelé le gouvernement à expliquer clairement ces arrestations pour éviter les confusions entre liberté de la presse et journalisme responsable.
D'autres analystes pointent un manque d'éducation constitutionnelle parmi la population, soulignant que les Ghanéens doivent comprendre les conséquences de leurs actions avant de s'exprimer.
Le débat dépasse les frontières du Ghana, reflétant des tensions similaires dans d'autres démocraties. Tegha King de l'Universal Peace Federation Ghana a souligné que la réduction de l'espace civique n'est pas un phénomène isolé. Il a appelé à renforcer les institutions indépendantes, la transparence dans l'application des lois et l'auto-régulation des médias pour gérer les défis du numérique.

