Haïti se prépare à vivre un moment historique : sa première participation à la Coupe du Monde de football depuis 1974. Alors que les supporters haïtiens soutenaient traditionnellement le Brésil lors des tournois précédents, cette année marque un tournant.
Les Grenadiers, surnom de l'équipe nationale, affronteront notamment le Brésil dans le groupe C, un match prévu le 19 juin 2026 à Philadelphie. Cette qualification intervient dans un contexte marqué par une insécurité généralisée, des déplacements forcés et une crise humanitaire persistante dans le pays.
Pourtant, l'enthousiasme est palpable dans les rues de Pòtoprens, où des matchs spontanés se multiplient et où les maillots aux couleurs du drapeau haïtien se vendent à grande échelle. Guerier Lima, 16 ans, incarne cette ferveur. Bien qu'il ait porté le maillot brésilien par le passé, il déclare désormais : « Mon pays est en Coupe du Monde. Le Brésil est sur le banc.
» Il rêve de suivre les traces de Duckens Nazon, meilleur buteur de l'équipe nationale, malgré les difficultés financières qui l'empêchent de s'entraîner dans un club. Le match contre le Brésil suscite une attention particulière, symbolisant à la fois un défi sportif et un symbole d'unité nationale.
Les supporters haïtiens, comme Prophète Ismeus, 52 ans, expriment leur soutien malgré des moyens limités. « Je porte un bracelet aux couleurs du drapeau haïtien, car c'est la meilleure façon de montrer mon soutien », explique-t-il.
Les commerçants locaux, comme Fitho Joseph, ont également changé d'allégeance : « Même si une famille compte 10 membres, chacun devrait porter un maillot haïtien. » Cette mobilisation dépasse le cadre sportif. Wilkerson Daromain, 33 ans, résume l'état d'esprit général : « Porter le maillot est un message d'espoir adressé aux Grenadiers.
Nous devons leur montrer qu'il y a encore de la vie ici et que nous devons continuer à avancer. » L'histoire des Grenadiers s'inscrit dans une tradition révolutionnaire. Leur cri de ralliement, « Grenadye, alaso ! » (« Soldats, attaquez ! »), remonte à l'époque de l'indépendance d'Ayiti, première république noire du monde.
Mario Etienne, 15 ans, et Claudy Denis, 14 ans, représenteront cette génération qui découvre la compétition mondiale. « Ce sera un rassemblement national. Même sans électricité, je trouverai un moyen de regarder le match », confie Mario. Claudy ajoute : « Je ne manquerai aucun des trois matchs de l'équipe. » Cette qualification rappelle également l'héritage sportif haïtien.
Dans les années 1980, le Brésil, avec des joueurs comme Sócrates et Zico, avait marqué les esprits. En 2004, une visite de l'équipe brésilienne, incluant Ronaldo et Roberto Carlos, avait été organisée par la MINUSTAH pour promouvoir la paix après une crise politique. Malgré une défaite 6-0, les supporters haïtiens avaient célébré l'événement. Aujourd'hui, l'enjeu est différent.
Yvenson Luxama, 34 ans, espère une performance offensive : « Je m'attends à ce que Haïti attaque le Brésil comme un tigre. » Cependant, tous ne partagent pas cet enthousiasme. Jean-Paul Jean Pierre, 29 ans, vendeur ambulant déplacé par les gangs, résume une réalité plus sombre : « Je vends des maillots pour survivre, pas pour soutenir une équipe.
Une Coupe du Monde chaque année m'aiderait à joindre les deux bouts. »



