Depuis la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021, environ 4 500 Afghans ayant collaboré avec des missions européennes — interprètes, gardes de sécurité ou employés d'ONG — ont été évacués vers les Pays-Bas et d'autres pays européens.
Ces individus, comme Abdul Wali, un ancien collaborateur d'une ONG néerlandaise, avaient reçu des promesses de protection et de stabilité. Cinq ans après leur arrivée, leur statut reste précaire : la plupart ne disposent que de permis de séjour temporaires, les exposant à des risques de déportation vers l'Afghanistan, un pays toujours sous contrôle taliban.
Abdul Wali, sa femme et leurs quatre enfants, installés à Steenwijk aux Pays-Bas, ont appris la langue, trouvé du travail et scolarisé leurs enfants. Pourtant, en juin 2026, un changement soudain de la loi néerlandaise menace leur avenir, les plongeant dans une incertitude totale.
« Nous sommes un groupe ciblé par les talibans ; nous sommes connus d'eux », a déclaré Abdul Wali à Al Jazeera. « Nous ne savions pas que nous devrions quitter notre pays. Ils nous ont protégés pendant cinq ans… maintenant, nous demandons qu'ils continuent à le faire. »
Les Pays-Bas ne sont pas les seuls à revoir leur politique. L'Allemagne, première en Europe à collaborer avec les talibans pour organiser des déportations, a levé en 2024 une interdiction de facto des renvois vers Kaboul. Depuis, environ 200 personnes, principalement avec des antécédents criminels, ont été déportées.
En juillet 2026, l'Allemagne a même déporté un Afghan sans casier judiciaire, marquant un tournant dans l'application des nouvelles règles. D'autres pays comme la Suisse, la Grèce, le Danemark et la Norvège préparent des plans similaires, selon des documents obtenus par le journal néerlandais NRC.
Ces mesures s'inscrivent dans un contexte de montée des partis d'extrême droite en Europe, poussant les gouvernements à adopter des politiques migratoires plus strictes, y compris en travaillant avec les talibans pour faciliter les retours forcés.
Fridoon, un ancien avocat ayant travaillé pour EUPOL Afghanistan, fait partie des 1 800 réfugiés afghans ayant signé une lettre ouverte au gouvernement et au Parlement néerlandais en 2025. « Nous n'avons pas choisi de venir ici. Nous n'avions pas le choix de partir à cause du travail que nous avons fait », a-t-il expliqué.
« Ils nous ont protégés pendant cinq ans… maintenant, nous demandons qu'ils continuent à protéger nos enfants. Si nous retournons, la mort nous attendra. » Ses craintes, partagées par des milliers d'autres, illustrent l'angoisse d'une communauté en sursis. Selon l'Agence de l'UE pour l'asile, près de 500 000 Afghans ont demandé l'asile dans l'Union européenne depuis 2021.
Pourtant, l'UE maintient son refus de reconnaître le régime taliban, tout en engageant des discussions avec ses représentants pour organiser des retours. Une réunion entre 15 ambassadeurs européens et une délégation talibane s'est tenue à Bruxelles en juin 2026, confirmant cette approche controversée.
« Ce que l'UE veut créer, c'est un système où les talibans deviennent les gardiens des politiques migratoires européennes », a déclaré Cees Roels, ancien ambassadeur néerlandais à Kaboul. « On sous-estime le fait que ce sont les talibans qui créent la situation que les gens veulent fuir. »
Pour les étudiants et jeunes Haïtiens, cette situation rappelle les défis liés aux politiques migratoires et à la protection des droits des travailleurs locaux dans des contextes de crise.
Bien qu'Haïti ne soit pas directement concerné par cette crise, les mécanismes de déportation et les incertitudes juridiques qui touchent les Afghans en Europe pourraient inspirer des réflexions sur la vulnérabilité des migrants haïtiens à l'étranger.
Les associations de défense des droits humains soulignent l'importance de suivre ces évolutions pour anticiper les risques potentiels dans d'autres régions du monde.



