Dans l'État de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria, des femmes comme Habiba Abubakar, 28 ans, reprennent le chemin de l'école après des années d'absence. Après avoir abandonné ses études à 15 ans en raison de son mariage précoce, Abubakar a réintégré en 2021 le Women Centre for Continuing Education (WCCE), un centre spécialisé dans l'éducation des adultes.
Ce programme, lancé en 1997 par les autorités locales, propose un cursus adapté de trois ans pour les adultes, suivi d'un parcours secondaire de six ans. Les frais de scolarité y sont gratuits, une mesure mise en place par le gouvernement de l'État pour réduire le nombre d'enfants non scolarisés, selon les informations rapportées par Al Jazeera le 4 juin 2026.
Le WCCE s'adresse particulièrement aux femmes ayant abandonné l'école pour des raisons culturelles, économiques ou familiales. Le centre offre non seulement une formation académique, mais aussi des compétences professionnelles pour faciliter leur insertion sur le marché du travail.
Parmi les diplômées, certaines deviennent enseignantes ou infirmières, contribuant ainsi à atténuer la pénurie de professionnels qualifiés dans le pays. Cependant, malgré la gratuité des cours, les étudiantes doivent encore assumer des coûts annexes comme le transport ou les fournitures scolaires.
Les obstacles restent nombreux. Jennifer Agbaji, directrice exécutive d'une organisation nigériane dédiée aux droits des femmes, souligne que les normes sociales restrictives et la priorité donnée à l'éducation des garçons limitent l'accès des femmes à l'école.
Beaucoup perdent confiance après des années sans formation formelle, et certaines communautés considèrent encore l'éducation comme un investissement réservé aux hommes. Agbaji insiste sur la nécessité d'adapter les programmes pour inclure des solutions flexibles, comme l'apprentissage à distance ou des horaires adaptés aux responsabilités familiales.
Pour les étudiantes, concilier études et vie familiale représente un défi quotidien. Abubakar, mère de quatre enfants, se levait avant l'aube pour préparer le petit-déjeuner et les envoyer à l'école avant de rejoindre ses cours.
Après son divorce, les frais de transport sont devenus un obstacle majeur, résolu partiellement grâce à une petite entreprise de vente de snacks qu'elle a lancée avec l'aide de son père. Malgré ces difficultés, elle souligne l'importance de cette seconde chance pour son avenir et celui de ses enfants.
Le centre, qui prépare les élèves aux examens officiels nigérians (JLSCE et SSCE), reste un pilier pour des centaines de femmes dans la région.



