Quinze ans après la chute de Tripoli en 2011, la Libye fait face à une importante fuite des cerveaux. De nombreux jeunes professionnels, comme Sarah Mizran, architecte de 32 ans, ont quitté le pays pour poursuivre leurs études à l'étranger, notamment au Royaume-Uni, grâce à des bourses.
Mizran, qui a obtenu une maîtrise en architecture en Angleterre, explique que son départ était un investissement dans son développement personnel, rendu nécessaire par l'instabilité et les conflits en Libye.
Nader Elgadi, 36 ans, a également quitté la Libye pour un master au Royaume-Uni après que des combats ont éclaté près de l'aéroport de Tripoli en 2014. Il avait initialement prévu de rentrer, mais les menaces croissantes contre les militants l'ont contraint à rester. Il a fondé une organisation caritative, "Libya in the UK", pour maintenir un lien culturel avec la diaspora et créer une communauté partageant une vision pour l'avenir de la Libye.
Ces départs massifs soulèvent des questions sur l'impact sur le développement du pays. Tarek Megerisi, chercheur au European Council on Foreign Relations, estime que des milliers de personnes qualifiées travaillent toujours en Libye, mais sont freinées par des responsables corrompus.
Il note que la génération post-2011, initialement pleine d'espoir après la révolution, se retrouve désillusionnée, beaucoup souhaitant désormais quitter le pays. Megerisi suggère qu'un retour de ces talents serait possible en cas d'opportunités crédibles.
Cependant, Toby Chitayat, analyste chez CRI Menas, minimise l'impact de cette fuite des cerveaux sur la gouvernance et la confiance des investisseurs, compte tenu des défis structurels de la Libye. Pour ceux qui sont partis, la perspective est personnelle.
Sarah Mizran exprime son désir de contribuer à la reconstruction du paysage architectural libyen, bien que les modalités de ce retour restent incertaines. Elle souligne qu'un retour massif de la diaspora dépendra d'une stabilité accrue dans le pays.


